l'Avenir

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L’avenir

 

Pour comprendre le sens de ce film, il ne faut surtout pas manquer le prologue. À lui seul il donne au film toute son épaisseur et aussi sa gravité même si ce qui arrive à ce couple n’a rien que de très banal, en particulier aujourd’hui où les couples se font et se défont sans provoquer d’émotions particulières sauf auprès des principaux protagonistes. La banalité en effet n’empêche pas la douleur.

Le prologue donc nous montre un couple en promenade avec leurs deux enfants. Le but de cette promenade c’est une tombe, celle de Chateaubriand à Saint-Malo, qui ne peut être atteinte qu’à marée basse c’est-à-dire durant quelques heures seulement. Les enfants d’ailleurs ne sont pas sans le rappeler à leurs parents. Ils ne veulent pas passer la nuit là alors on se hâte ! ils craignent que l’accès se referme et que le retour soit soudain impossible. Mais le père lui s’attarde auprès de cette tombe. L’avenir, titre du film, s’ouvre donc sur l’aboutissement de toute vie : sa fin et sur les réflexions qu’il entraîne chez deux adultes au milieu dépassé de leur vie et précisément sur le temps qui passe, sur l’avenir dont le temps semble se rétrécir et où tout retour en arrière, tout recommencement sera bientôt impossible s’il ne l‘est pas déjà. Il y a là quelque chose comme un questionnement sur un sursaut improbable contre l’inéluctable avec ses solutions en forme de mirage.

 

C’est quelques années plus tard que l’on retrouve donc ce couple installé dans ses habitudes, un certain confort matériel, le partage d’une profession commune d’enseignant de philosophie qui amène entre eux des échanges que le temps passé ensemble a rendus plus convenus. Chacun sait l’autre dans ses positions, son approche, ses références. La bibliothèque est commune, riche d’ouvrages mis ensemble et la rupture, décidée, semble-t-il, par le mari va entraîner chacun vers un avenir différent.

 

Malgré une certaine tendresse exprimée par la fille c’est au point de vue de la femme, Isabelle Hupert, que le film s’attache. C’est un peu dommage. Comme si cette décision de séparation le rendait lui obligatoirement un peu coupable et s’il ne s’en tire pas trop bien, comme le montre le film, c’est aussi parce que du côté de la famille isabelle Hupert s’appuie sur la tendance séculaire qui veut que ce soit de son côté que les enfants se sentent plus à l’aise.

 

Pourtant pour elle, les choses se compliquent et ce qu’elle a construit paraît lui filer entre les doigts. Si elle garde une certaine nostalgie de ses engagements passés, qu’elle lit toujours « libé » et enseigne à ses élèves de penser par eux-mêmes elle ne comprend pas vraiment leur révolte et surtout ce qui lui sert de prétexte les acquis sociaux de la retraite comme si cela pouvait constituer à 18 ans une préoccupation qui soit à mettre en balance avec son enseignement sur la liberté de penser. Pour elle, cela ne fait pas le poids. Elle fera donc cours contre le blocus. Et si sa collection d’ouvrages d’enseignement de la philosophie doit être arrêtée faute de lecteurs et parce qu’elle ne veut pas la mettre au goût du jour tant pis. Elle est résignée, mais sans concessions. Il lui reste pour un temps ses rêveries révolutionnaires et son amour pour un jeune homme, idéal dont elle finira aussi par percevoir l’impasse. Élever les chèvres en Ardèche et parler jusqu’au petit matin de révolution tout en fumant des joints, ce n’est plus de son âge. Elle, elle doit penser à sa mère qui n’en finit pas de finir et l’envahit de son angoisse de la vieillesse, de la décrépitude, de la dislocation du corps qui la désespère, le miroir ne lui renvoyant plus qu’une image où elle ne reconnaît plus la femme belle et séduisante qu’elle fut dans le passé.

Dans ce film où tous les acteurs sont justes, ou Isabelle Hupert est à son sommet, mais aussi tous les autres et notamment André Marcon, il flotte un parfum de nostalgie, mais aussi d’espoir. L’avenir n’est pas noir, juste un peu entaché des restes du passé.

Laurent Le Vaguerèse