Traduire Freud : une mission sans limites ?
[i] L'article qui suit est paru pour la première fois dans Analuein, Le Journal de la F.E.D.E.P.S.Y. , n° 2, avril 2002, Strasbourg, et est reproduit ici avec l'aimable autorisation de Jean-Richard Freymann, Président de la F.E.D.E.P.S.Y.
Parfois j'avais tout de même le sentiment que je n'aurais pas dû écrire « Le moi et le ça » puisque le ça ne peut être rendu en anglais. [ii]
Freud ironise sur les difficultés que Jones dit rencontrer en matière de traduction ; lettre de Freud à Jones du 07.03.1926, publiée dans : The Complete Correspondance of Sigmund Freud and Ernest Jones, The Belknap Press of Harvard University Press, 1993
Partageant sa langue maternelle, voilà des années que je lis Freud en toute sérénité, pour ne pas dire en toute naïveté, sans me poser de questions sur les mots et les constructions, car, vous l'aurez compris, je le lis en version originale. Je ne savais pas à quel point ma position était privilégiée, voire enviable. Il m'a fallu entendre un certain nombre de questions, de remarques, d'hypothèses parfois surprenantes pour moi avant de saisir que, par chance, ladite position me plaçait au-dessus de quelque chose de très embarrassant, le malaise dans la traduction. A force d'être impliquée, souvent malgré moi, dans les débats de mes amis et collègues français, j'ai fini par mesurer les difficultés et incertitudes auxquelles se trouvent confrontés ceux d'entre eux qui ne maîtrisent pas la langue allemande. Enfin sensibilisée à leurs questionnements, j'ai été quasiment contrainte d'y regarder de plus près et j'ai constaté avec étonnement qu'en France tout semble être possible quand il s'agit de traduire Freud. Freud sans limites. Chacun a de bonnes raisons de faire valoir sa recette personnelle et nombreux sont ceux qui croient pouvoir, ou même devoir, mélanger traduction et psychanalyse. Ma conclusion est que la France est bien loin d'avoir résolu le problème de la transmission de l'héritage freudien. A mon niveau je ne saurais y apporter de solution ; je voudrais seulement rendre le lecteur attentif à certains raisonnements qui ont sans doute de quoi séduire le psychanalyste mais qui sont inacceptables en matière de traduction.
Qu'est-ce que la traduction ?
L'acte de traduire consiste à reproduire, dans la langue cible, l'équivalent naturel le plus proche possible du message de la langue d'origine, premièrement par le sens et deuxièmement par le style.
Voilà l'une des définitions possibles, celle de Nida (1969) [iii]
Nida, E.A. ; cité par Werner Koller, in : Einführung in die Übersetzungswissenschaft, 5. Auflage, Quelle & Meyer, 1997, p. 92, traduction personnelle
Or, le psychanalyste mais aussi le traducteur savent que la communication, même à l'intérieur d'une communauté linguistique, n'est pas simple. Elle s'inscrit toujours dans un contexte subjectif et social. La culture, l'expérience, les connaissances, le niveau d'instruction, l'appartenance à un groupe social, etc. jouent un rôle important entre émetteur et récepteur. En outre deux personnes n'attribuent pas forcément la même signification à un même terme. Tous ces facteurs donnent l'impression parfois qu'on ne parle pas la même langue. L'expérience montre toutefois que la communication est possible, intracommunautaire et entre communautés. Cela peut s'expliquer ainsi : les significations individuelles des mots se recoupent dans leur partie centrale ; de plus les mots se situent dans un contexte qui précise leur signification ; et enfin il est tout à fait possible de prendre en considération les différences sociales et culturelles. Le traducteur, lui aussi, devra prendre en compte les différences et trouver des compromis.
Il s'ensuit que le traducteur n'est pas simplement une sorte de « technicien » du langage mais un médiateur entre deux cultures avec leur histoire. Cela signifie qu'à la différence de n'importe quel autre lecteur, le traducteur « reçoit » le texte d'origine en sachant qu'il devra l'ancrer ensuite dans un nouveau contexte culturel. Autrement dit, pour le traducteur, comprendre signifie toujours comprendre quelque chose pour quelqu'un d'autre. C'est un processus actif déjà orienté vers la transmission. On pourrait dire que le traducteur n'est pas seulement récepteur dans la langue d'origine mais aussi dans la langue cible. Cette conception devra lui permettre de proposer au lecteur dans la langue cible une traduction lisible, compréhensible, adaptée aux usages linguistiques en cours dans la communauté linguistique concernée. Mais adapter une traduction aux usages linguistiques ne veut pas dire produire un texte nouveau au lieu de reproduire le texte d'origine. La langue d'origine reste le fil d'Ariane. Par contre, si l'on n'adapte pas la traduction aux règles en usage dans la langue cible, on dénature la langue cible et la compréhension du texte devient difficile. Cette manière de procéder peut se justifier dans certaines circonstances (poésie …), mais elle sera bannie des traductions dont le but est d'apporter des informations, des connaissances. Elle est donc incompatible avec le domaine scientifique. Cela nous ramène directement à Freud puisque Freud inscrit la psychanalyse dans le domaine des sciences naturelles.
En allemand les textes scientifiques se distinguent par des traits caractéristiques que l'on retrouve aussi dans les textes freudiens :
La terminologie de la spécialité occupe une large place : termes techniques, mots composés (formation d'un seul mot en collant ensemble deux ou plusieurs mots ou des radicaux), verbes et adjectifs substantivés …
La priorité est donnée à la forme substantive par rapport à la forme verbale.
Dans les tournures verbales, on utilise plus volontiers la forme passive que la forme active.
Les expressions à connotation affective sont absentes.
Le style est plutôt pragmatique ce qui ne l'empêche pas d'être esthétique si l'auteur a du talent.
La forme n'a pas de valeur propre ; c'est le sens qui prime.
Quand un professionnel choisit de lire un auteur de sa spécialité, il s'attend à le comprendre. Il souhaite tirer du texte des informations, sur la base des connaissances qu'il possède déjà. L'auteur en est conscient et c'est pourquoi son premier souci sera la clarté. Il facilitera la compréhension du texte en évitant les termes et les constructions ambigus et se servira largement de la terminologie spécifique, clairement définie. Un tel texte fini, prêt à être publié, est donc une construction intellectuelle orientée vers un but, celui de transmettre des informations, et l'auteur a volontairement recours à des stratégies pour obtenir ce but. Nous sommes loin de la libre association caractéristique du discours de l'individu en analyse où le but est précisément l'ambiguïté autorisant des interprétations multiples. Idéalement donc un texte scientifique laissera peu de place à l'interprétation, par opposition aux textes littéraires d'ailleurs qui ne nous intéressent pas ici.
Les termes de spécialité se forgent avec l'émergence de connaissances nouvelles, de technologies nouvelles et, toujours dans le souci de clarté, les correspondances qui leur sont attribuées dans les différentes langues ne doivent plus être modifiées une fois qu'elles sont entrées en usage, même si l'on peut regretter parfois dans l'après-coup de ne pas avoir opté pour une traduction plus pertinente dans tel cas précis. Les spécialistes connaissent la signification du terme, ont l'habitude de l'utiliser et c'est ce qui compte.
Freud a établi sa terminologie surtout en donnant des acceptions nouvelles a des termes déjà existants, souvent par référence à des phénomènes chimiques ou physiques [iv]
Il s'en explique implicitement dans son texte de 1919 intitulé « Wege der psychoanalytischen Therapie » par la « juste comparaison du travail psychanalytique du médecin avec le travail du chimiste » ; Studienausgabe, Ergänzungsband, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 241-243
Tournons-nous maintenant vers les traductions françaises des textes de Freud. D'après Roudinesco « les œuvres de Freud sont disponibles en totalité et en plusieurs versions » [v]
Roudinesco, Elisabeth et Plon, Michel ; Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, 1997, p. 1065
N° 8, 1982
Les premières traductions se lisent très bien, mais ne respectent pas toujours le sens et s'éloignent souvent inutilement du texte d'origine, si bien qu'elles s'approchent parfois plus de la production nouvelle que de la reproduction. On comprend alors qu'on ait voulu se rapprocher de Freud d'une part et corriger les fautes d'autre part. A partir de là sont nées des initiatives variées, pas toujours heureuses. Car ils s'avère que les personnes animées de bonnes intentions qui dénoncent les égarements et proposent d'autres solutions ne sont pas forcément plus compétentes que les personnes qu'elles critiquent. On ne peut guère leur en faire le reproche puisque ce ne sont pas des professionnels. Par contre on peut leur reprocher de ne pas admettre que la traduction repose sur des connaissances solides, linguistiques d'abord, et qu'elle ne s'improvise pas. Des exemples concrets pourront nous éclairer.
En 1982 André Bolzinger, un auteur très intéressant par ailleurs, publie une critique de la traduction des « Etudes sur l'hystérie » réalisée par Berman et propose sa propre traduction des extraits qu'il étudie [vii]
Bolzinger, André ; Emmy ou les traductions infidèles, in : L'évolution psychiatrique, 1982, 4, p. 1047-1064. Il explique : « A l'occasion d'un séminaire de lecture consacré aux Etudes sur l'hystérie, j'ai eu l'occasion de comparer systématiquement la version allemande et la version française. Il m'a paru intéressant de rapporter ici un échantillon de cette confrontation entre le texte de Freud, la traduction d'A. Berman et la révision que je propose. ( … ) Il s'agit d'un extrait des observations de Freud à propos d'Emmy von N. … »
Elle a lu dans le journal Frankfurter Zeitung, qui est posé devant elle sur la table, qu'un apprenti avait ligoté un jeune garçon
[viii] C'est moi qui souligne.
Et plus loin on lit dans la traduction de Bolzinger :
Pendant qu'elle dort, je me saisis du journal ; je trouve réellement une histoire de sévices envers un jeune apprenti
[ix] C'est moi qui souligne.
Anne Berman [x]
Citée par Bolzinger
Pendant son sommeil, je prends la Gazette de Francfort et y trouve vraiment l'histoire des sévices exercés sur un apprenti
[xi] C'est moi qui souligne.
Si vous avez réussi à suivre, vous aurez remarqué que la première traductrice et son critique commettent le même contresens : l'apprenti qui en fait est l'auteur des sévices devient la victime des sévices. Cette erreur est due à une mauvaise interprétation de la forme grammaticale allemande (génitif : Misshandlung eines Lehrbuben) qui montre que le contexte n'a pas été analysé. On ne traduit pas des expressions isolées mais des contextes.
En 1981 le journal « Le Monde » publie un article de Serge Moscovici sous le titre provocateur : « Quand traduira-t-on Freud en français ? » Dans son article, Moscovici s'en prend à la traduction de Jankélévitch de « La psychologie collective et l'analyse du moi » [xii]
Payot, 1980, d'après Moscovici
L'hypnose peut à bon droit être considérée comme une foule à deux ; pour pouvoir s'appliquer à la suggestion, cette définition a besoin d'être complétée
[xiii] C'est moi qui souligne.
Moscovici n'est pas d'accord pour « compléter la définition de la suggestion » et il corrige comme suit :
Pour la suggestion est superflue la définition
[xiv] C'est moi qui souligne.
Sa critique de Jankélévitch est vive :
Que dire de cette définition que l'on cherche à compléter, alors que Freud déclare la définition superflue ( … ). Le contresens est de taille.
Or, en voulant corriger le contre-sens justement souligné, Moscovici en commet un autre. En fait, c'est la traduction parue chez Payot en 1981 [xv]
Freud, Sigmund ; Psychologie des foules et analyse du moi, traduit par : P. Cotet, A. + O. Bourguignon, J. Altounian et A. Rauzy, in : Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 196
L'hypnose peut prétendre à juste titre à cette appellation : une foule à deux ; il reste comme définition
[xvi] C'est moi qui souligne.
Ni Jankélévitch ni Moscovici [xvii]
Chez Moscovici il y a confusion avec la forme pronominale du même verbe, sich erübrigen, qui signifie effectivement « être superflu ».
Es erübrigt zu tun = il reste à faire : Weis/Matutat, Bordas/Klett, 1968 ; übrig sein : es erübrigt noch eine Frage : Pinloche, A. ; Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache, 2ième édition, Larousse, 1930 ; Osman, Nabil ; Kleines Lexikon untergegangener Wörter, Beck, 1994 (Article „übrigen“)
Le même type de problème se rencontre dans les traductions nouvelles éditées par les PUF sous la direction de Laplanche. Par exemple je me suis heurtée à cette phrase étrange :
( … ) avec la vacance du complexe d'Œdipe
[xix] C'est moi qui souligne. Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, p. 147
Le lecteur se demande ce que cela veut dire. Or, en 1984 la phrase avait été traduite correctement par Zeitlin (chez Gallimard) :
( … ) en abandonnant le complexe d'Œdipe
[xxi] C'et moi qui souligne. Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 90
Le terme allemand qui pose problème dans cette phrase est Auflassen qui peut effectivement signifier « laisser ouvert » en langage familier et impropre, mais ici il est à comprendre dans une acceptation qui n'est guère plus en usage qu'en Autriche : abandonner [xxiii]
Östereichisches Wörterbuch, 38. Auflage, öbv & hpt, 2000
Les traductions nouvelles parues aux PUF posent bien d'autres problèmes encore. Elles présentent tous les défauts inhérents aux traductions qui collent totalement au texte d'origine en adaptant la langue cible (le français) à la langue d'origine (l'allemand). La lecture en est désagréable et parfois difficile même pour quelqu'un qui maîtrise la langue allemande et qui perçoit pratiquement le texte allemand à travers la traduction comme par transparence.
Dans un tome spécial de plus de 300 pages [xxiv]
comprenant un glossaire de la terminologie choisie
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 22
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 22
La traduction « à l'épreuve de l'étranger », c'est celle qui n'essaye nullement d'apprivoiser ou d'acclimater le texte, aux fins d'en donner une sorte d'analogue acceptable pour notre mentalité. Elle ne cesse de séjourner au plus près du texte, pour essayer d'en restituer au maximum les inflexions, les particularités stylistiques, sémantiques, conceptuelles.
[xxvii] Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 11
Dans cette optique, les auteurs réalisent le tour de force de reproduire la syntaxe allemande, la manière typiquement allemande (et non typiquement freudienne) de construire des mots composés, de substantiver les verbes et les adjectifs et d'utiliser la forme passive. Ils modifient partiellement la terminologie établie : « souvenir-couverture » pour « souvenir-écran », « refusement » pour « frustration », « pré-venance somatique » pour « complaisance somatique », etc., et enfin ils font souvent abstraction de la polysémie en traduisant un terme de la même manière dans des contextes divers afin de préserver ce qu'ils appellent la « continuité » [xxviii]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 49
Cité par André Bolzinger in : La réception de Freud en France, L'Harmattan, 1999, p. 99
Les auteurs des traductions nouvelles sont conscients du style scientifique de Freud [xxx]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 25
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 45
utilisant toutes les ressources du français de la même façon que Freud utilise celles de l'allemand.
[xxxiii] Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Or, Freud utilise les ressources naturelles de sa langue, classiques dans son domaine, tandis que les traductions des « freudologues » importent massivement les ressources d'une langue étrangère et s'opposent ainsi au principe énoncé par Nida : « reproduire, dans la langue cible, l'équivalent naturel le plus proche possible du message de la langue d'origine »
[xxxiv] Nida, E.A. ; cité par Werner Koller, in : Einführung in die Übersetzungswissenschaft, 5. Auflage, Quelle & Meyer, 1997, p. 92 ; traduction personnelle ; c'est moi qui souligne.
Les explications des « freudologues » me paraissent contradictoires. Ils rejettent le « franglais » [xxxv]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 61
Dans tous les autres cas de figure, le traducteur devra se servir des « ressources naturelles » de la langue cible. Rien ne l'autorise à inventer des termes ou des dérivés, ou à ressusciter des mots abandonnés depuis longtemps que personne ne comprend plus, pour suivre les constructions de l'original au plus près ou encore parce qu'un mot est trop facilement considéré comme intraduisible, alors que des générations de traducteurs ont su le rendre de manière adéquate. On sait que certains termes allemands ne connaissent pas de correspondance totale et unique en français. Mais là encore le traducteur gardera à l'esprit qu'il ne traduit pas des mots isolés mais des mots placés dans un contexte, des unités de sens, qui précisent la signification du mot en question.
Cette observation s'applique par exemple au mot Sehnsucht qui signifie « désir ardent et douloureux » [xxxvi]
Wahrig, Deutsches Wörterbuch, Bertelsmann Lexikon Verlag, 1994, p. 1424, traduction personnelle
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 97
Bien d'autres termes étranges se forgent sous la plume des « freudologues » : « surmontement », « influencement », « significativité », « déconcertement », « animique », « apprêtement », « consciencialité », « le devenir-conscient », « coulpe originaire », « conscience de culpabilité », « éconduction », « l'étrangement », « fantasier », « fugitivité », « présentabilité » et ainsi de suite. Quand le problème des correspondances n'est pas en cause comme pour Sehnsucht, c'est souvent le souci du mot à mot qui motive l'apparition de ces constructions, la littéralité absolue [xxxviii]
Parfois la littéralité donne aussi des résultats qui prêtent à sourire et l'on peut parier que l'équipe des PUF, habituée à utiliser des tournures bizarres, ne le remarque même plus. Ainsi on trouve dans les « Nouvelles conférences » cette phrase : « Nous disons alors au patient que nous déduisons de son comportement qu'il est actuellement dans la résistance … ». Nous ne sommes qu'en 1932 mais il n'est jamais trop tôt pour bien faire. Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, p. 151. Même si « résistance » est écrite avec une minuscule, la phrase reste curieuse.
Quand l'équipe des PUF décompose les mots composés dans la traduction, elle rencontre parfois des difficultés lorsque l'ensemble ainsi formé doit recevoir un qualificatif, comme dans cet exemple : « inhibition d'intelligence collective » [xxxix]
Freud, Sigmund ; Psychologie des masses et analyse du moi, Oeuvres complètes, tome XVI, PUF, 1991, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, p. 24
Freud, Sigmund ; Massenpsychologie und Ich-Analyse (1921), Studienausgabe, tome IX, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 80
A vrai dire, le problème est souvent plus artificiel que réel. Le français sait parfaitement comment se fait cet accord, notamment avec la préposition « de » : La « fraise de culture savoureuse » n'a jamais laissé croire à quiconque que c'est la culture qui devait être « dégustée ».
[xli] Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
En réalité les deux cas de figure ne sont pas comparables. « Inhibition collective de l'intelligence » n'est qu'une construction ponctuelle tandis que « fraise de culture » est une expression bien définie, figurant comme telle dans les dictionnaires, et dont les constituants forment une unité. Au même titre on pourra parler des « bonnes fraises des bois bien rouges » et il sera clair pour tout le monde que les bois ne sont pas rouges mais recèlent des fraises bien mûres. Par contre le fait de parler du « contenu du rêve manifeste » prête à confusion et l'équipe des PUF se tire d'affaire d'une part en déclarant que « contenu du rêve » est un concept et d'autre part en utilisant un codage qui consiste à placer un point entre chaque terme comme ceci « contenu.du.rêve » [xlii]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
La nonchalance avec laquelle l'équipe des PUF transgresse les lois du langage évoque l'attitude de l'enfant que Freud décrit si bien. Freud nous rappelle que l'enfant éprouve du plaisir à produire du non-sens, à déformer les mots, à les combiner à son gré et même à utiliser un langage privé entre petits copains. En grandissant, l'enfant accepte progressivement, mais à contrecœur, les lois que la collectivité lui impose : tel mot est à utiliser dans tel contexte, dans une phrase les mots s'enchaînent de telle manière [xliv]
Freud, Sigmund ; Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten (1905), Studienausgabe, tome IV, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 118-119
Au fond, nous ne pouvons renoncer à rien, nous opérons seulement un échange contre autre chose ( … )
[xlv] Freud, Sigmund ; Der Dichter und das Phantasieren (1908), Studienausgabe, tome X, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 172
Ainsi le mot d'esprit offre un dérivatif – accepté par la société – aux tendances infantiles à jouer avec mots. Le fait de traduire des textes à l'aide d'un code personnel produit peut-être du plaisir aussi, mais au prix d'une transgression des règles établies.
En somme, dans ces « traductions en code germanique » l'aisance de Freud et son style fluide disparaissent derrière un lexique artificiel qui s'ajoute à la syntaxe artificielle. Le texte de Freud doit paraître souvent baroque aux Français tandis qu'en allemand il ne l'est pas. Parfois les « freudologues » insinuent qu'ils reproduisent seulement ce qui était déjà là à l'origine. On mentionne « l'étrangèreté de Freud dans propre langue » [xlvi]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 41
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 40 ; Notons qu'il est bel et bien question de l'allemand de Freud et non de l'allemand tout court.
Ailleurs pourtant les « freudologues » font l'éloge des « dons littéraires » [lii]
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 31
Freud est à l'évidence un écrivain, révéré comme tel par les plus grands ou les plus experts. Le répertoire de ses qualités littéraires est d'une extrême richesse : immédiateté d'une langue sans afféterie, rigueur démonstrative, éloquence, aisance, force dramatique, adéquation de l'expression à la pensée, densité, lyrisme ( … ), plasticité, variété ( … )
[liii] Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 23
Freud utilise ces qualités en fonction du message qu'il veut faire passer ; le style est un outil qui reste subordonné au message que le chercheur veut communiquer à son public. C'est ce que l'équipe des PUF constate aussi :
En réalité, Freud, qui détient toutes les ressources de l'écrivain, se soucie peu de l'être ou l'est comme par surcroît. Dans la mesure où cohabitent en lui l'artiste et le savant ( … ), c'est le savant qui l'emporte.
[liv] Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 31
J'y souscris entièrement : la traduction donnera alors la priorité au contenu, comme toute traduction de textes scientifiques, mais sans effacer l'aisance stylistique de Freud et sans porter atteinte à « l'adéquation de l'expression à la pensée » soulignée par les PUF. Cette adéquation ne peut être perceptible pour le lecteur français que si la traduction est écrite dans un français « naturel », autrement dit, si elle respecte le génie de la langue française.
Si je me suis attardée un peu longuement sur la démarche des PUF – sans pouvoir être exhaustive -, c'est parce qu'elle témoigne de principes qui guident aussi le travail d'autres groupes, par exemple celui le l'Ecole Lacanienne de Psychanalyse qui publiait ses traductions en supplément à sa revue « L'Unbévue ».
D'autres groupes encore, par exemple Pierre Thèves et Bernard This au « Coq-Héron », mettent en outre l'accent sur l'étymologie et la polysémie des mots. Le sens actuel et contextuel ne les satisfait pas. Ils estiment qu'un mot renvoie en fait à des significations multiples, anciennes et actuelles, en fonction des intentions conscientes ou inconscientes qu'ils pensent pouvoir lire chez Freud entre les lignes. Au fond ils lisent Freud comme le psychanalyste écoute son analysant, à la différence près que l'analyste est en attention flottante et se laisse surprendre par ce qui peut émerger, tandis que ces auteurs effectuent une recherche délibérée, tous azimuts, en décortiquant systématiquement chaque mot de Freud à l'aide dictionnaires, monolingues, bilingues et étymologiques. Cela appelle plusieurs remarques.
Comme je l'ai déjà dit, l'auteur d'un texte scientifique veut être compris. Le texte définitif qu'il publie est une construction intellectuelle destinée à servir ses intentions. L'auteur ne dit pas tout ce qui lui passe par l'esprit, il n'est pas en association libre, mais il sélectionne et enchaîne ses idées en fonction du but qu'il poursuit. En analyse, ce serait typiquement la manifestation d'une résistance. Il s'agit donc d'un discours qui se situe à l'opposé de celui qui est attendu en analyse. C'est une surface plutôt lisse d'où les manifestations de l'inconscient qui guident l'écoute analytique sont absentes : lapsus, omissions, erreurs de syntaxe et de grammaire, etc. et celui qui veut y découvrir des choses à interpréter malgré tout, à travers une recherche systématique, consciente, trouvera sans doute essentiellement ce qu'il « savait » déjà, tout comme l'analyste qui écoute avec une attention dirigée entend ce à quoi il s'attendait. [lv]
« En effet, dès qu'on intensifie son attention délibérément jusqu'à un certain degré, on commence à sélectionner parmi le matériel présenté ; on en fixe une partie particulièrement, en élimine une autre et, en sélectionnant ainsi, on suit ses attentes ou ses tendances. Mais c'est justement ce qu'il ne faut pas faire ; quand on suit ses attentes, on risque de ne jamais trouver autre chose que ce que l'on sait déjà ( … ) » ; Freud, Sigmund ; Ratschläge für den Arzt bei der psychoanalytischen Behandlung (1912), Studienausgabe, Ergänzungsband, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 171-172
François Roustang n'est pas de cet avis : « Sous maints aspects le style de Freud est celui de l'analysant, lorsqu'une formule dite (écrite) provoque aussitôt un retournement, ou lorsque la répétition d'une phrase apparue en début de séance (de paragraphe) en marque automatiquement la fin. N'écrivait-il pas à Fliess, probablement à propos de la Traumdeutung qu'il est en train de rédiger : « Mon travail m'a été entièrement dicté par l'inconscient suivant la célèbre phrase d'Itzig, le cavalier du dimanche « Où vas-tu donc, Itzig ?- Moi, je n'en sais rien ; interroge mon cheval. » A nul début de paragraphe je ne savais où j'atterrirais. Ce n'est évidemment pas écrit pour le lecteur ; j'ai abandonné le souci de faire du style après les deux premières pages. » (Lettre du 07.07.1898) ; François Roustang, Du chapitre VII, in : Ecrire la psychanalyse, Nouvelle revue de psychanalyse, 16, 1977, Gallimard, p. 92. Roustang ne veut manifestement pas savoir que Freud ne parle pas de la version définitive, publiée, mais d'un manuscrit adressé à Fliess. Pourtant la phrase « Ce n'est évidemment pas écrit pour le lecteur » l'indique, l'une des phrases suivantes aussi : « Je n'ai pas encore la moindre idée de la forme que le contenu prendra finalement. » Ou encore cette phrase de la lettre précédente (20.06.98) : « Il en va bizarrement de la psychologie, elle est presque finie, a été composée comme dans un rêve, et elle n'est certainement pas adaptée à la publication sous cette forme, et comme le style le montre, elle n'est pas prévue pour cela non plus. »
Ensuite, pour se faire comprendre, l'auteur doit se soumettre aux lois du code linguistique qu'il partage avec son public, le code linguistique de son époque. Il est donc abusif de considérer un mot ou une expression à travers les siècles, car ses significations antérieures, ses différentes racines, sont sans intérêt pour l'auteur (et ne lui sont peut-être pas connues non plus) : il est obligé de puiser son vocabulaire dans le code partagé par tous avec les acceptions contemporaines. Il est abusif également de prétendre que les acceptions antérieures sont sous-entendues, étant donné que l'auteur ne peut faire autrement que d'utiliser son code lexical dans lequel chaque mot a forcément son histoire et pourrait donc donner lieu à interprétation. Le traducteur se sert de l'étymologie uniquement pour situer certaines expressions dans le contexte historique de l'auteur. Il est vain aussi de jouer sur les différentes acceptions contemporaines d'une expression puisque l'auteur s'en sert dans un contexte donné qui en détermine le sens.
Bien entendu, pour ces auteurs qui soumettent les textes de Freud quasiment à un travail psychanalytique, aucune traduction ne saurait refléter toutes les intentions qu'ils prêtent à Freud. Voilà comment ils aboutissent très logiquement à la conclusion que traduire c'est toujours trahir ; d'autres encore disent que Freud est intraduisible – ce qui faisait déjà sourire Freud [lvii]
Cf. sa lettre à Jones citée plus haut
Pour parer à l'insuffisance des traductions et pour rendre la pensée de Freud avec la plus grande justesse possible, il est alors nécessaire de communiquer au lecteur une analyse linguistique aussi complète que possible. Ainsi la traduction de Thèves et This de la « Verneinung » de 1982 [lviii]
Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982
Dans une constante révision, nous devons toujours reprendre notre travail, nous laissant travailler par lui. ( … ) La traduction « 1982 » que nous proposons aujourd'hui n'est certes pas « définitive », mais il nous a semblé nécessaire de reprendre notre traduction de « 1975 » qui datait un peu.
[lix] Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982, p. 6
C'est une sorte d' « analyse sans fin » : on passe d'une tranche d'analyse à une autre et il n'y a pas de raison que cela s'arrête un jour tant que les associations (celles des analystes) ne tarissent pas. L'apparente humilité des auteurs masque peut-être plutôt une ambition démesurée, celle de révéler toujours plus parfaitement tout ce que Freud a dit et tout ce qu'il n'a pas dit. Le roc de la castration semble être solide.
Un passage des commentaires de traduction révèle, à mon avis, toute la subjectivité de la démarche et doit inciter le lecteur à la prudence :
En allemand, traduire c'est « übersetzen », mettre, placer dessus : le mot recouvre, surmonte, surpasse, domine, prédomine. Le passage – trajet – ressemble à une opération guerrière ; il y a dans cette élévation du mot, une violence meurtrière, une surcharge (überschreiben) qui écrase et fait disparaître ce qui était primitivement inscrit (übertragen – transcrire).
[lx] Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982, p. 20
Le terme allemand übersetzen n'a pas la signification qu'on lui attribue ici et ne l'a jamais eue d'après mes recherches [lxi]
Wahrig, Deutsches Wörterbuch, Bertelsmann Lexikon Verlag, 1994 ; Etymologisches Wörterbuch des Deutschen, DTV, 2000
Cela m'amène à mentionner une phrase de Freud dont les différentes traductions ont donné lieu à de vives discussions :
Wo Es war, soll Ich werden
[lxii] Freud, Sigmund ; Die Zerlegung der psychischen Persönlichkeit, 31. Vorlesung (1933), Studienausgabe, tome I, Fischer Taschenbuch Verlag, p. 516
La première traduction, très critiquée, était celle d'Anne Berman : « Le moi doit déloger le ça » [lxiii]
Traduction citée par Lucien Israël in : Boîter n'est pas pécher, Denoël, 1989, p. 58
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 110
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, Nouvelle suite des leçon d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, p. 163
Plaçons d'abord la phrase dans son contexte, d'après la traduction de Zeitlin. Freud résume le but des efforts thérapeutiques en psychanalyse ; il dit :
Leur intention est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant du surmoi, d'élargir son champ de perception et de consolider son organisation de sorte qu'il puisse s'approprier de nouveaux morceaux du ça. Là où était du ça, doit advenir du moi. Il s'agit d'un travail de civilisation, un peu comme l'assèchement du Zuyderzee.
[lxvi] Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 110
La plupart des auteurs semblent être d'accord sur la traduction des mots : wo = où ; war = était ; werden = devenir, se développer, naître, etc. , tandis que soll est déjà controversé, car hors contexte, il peut s'agir de la première ou de la troisième personne singulier du verbe devoir, à l'indicatif et au présent : « dois » ou « doit ». On sait que la véritable controverse concerne le Es et le Ich. Lacan étudie la phrase freudienne sur le plan grammatical pour arriver progressivement à plusieurs traductions dont la plus citée est sans doute celle-ci :
Là où c'était, je dois advenir.
Voici son analyse grammaticale. Dans « La chose freudienne » [lxvii]
Lacan, Jacques ; La chose freudienne (1955), in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 417
C'est au das allemand de : was ist das ? (Qu'est-ce que c'est ?) qu'il répond dans das ist, « c'est ».
A partir de ce « c'est » Lacan en arrive au « c » élidé de sa formule : « Là où c'était ». Puis en 1959 dans son séminaire sur « Le désir et son interprétation », il fait la remarque suivante au sujet du Ich :
C'est très précis, c'est ce Ich qui n'est pas das Ich qui n'est pas le moi, qui est un Ich, le Ich utilisé comme sujet de la phrase
[lxviii] Lacan, Jacques ; Le désir et son interprétation, Séminaire 1958/59, Publication hors commerce, Document interne à l'Association freudienne internationale et destiné à ses membres, p. 417
Ich comme sujet de la phrase devient alors « je ». Lacan formule sa traduction maintenant ainsi :
Là où C'était, Je dois devenir
[lxix] Lacan, Jacques ; Le désir et son interprétation, Séminaire 1958/59, Publication hors commerce, Document interne à l'Association freudienne internationale et destiné à ses membres, p. 417
Si le raisonnement de Lacan est juste, je dois retrouver le sens de la phrase de Freud lorsque je retraduis la traduction de Lacan en allemand. Or, l'opération aboutit à ceci :
Wo es war, soll ich werden.
Freud écrit :
Wo Es war, soll Ich werden.
Nous retrouvons donc apparemment les mêmes mots. Mais l'identité de sens n'est qu'une illusion. Car entre les minuscules et les majuscules du es et du ich, il y a le Zuyderzee sur lequel Lacan nous monte un bateau. «Ca », « ce » ou « cela » dont dérive le « c » élidé est un pronom démonstratif ; en allemand il peut être reproduit parfois par es avec une minuscule mais en aucun cas par Es avec une majuscule. Le Es avec majuscule est un substantif même s'il n'est pas précédé de son article. La même remarque vaut pour le ich : écrit avec une majuscule, c'est un substantif, le « moi ». Quand on l'utilise comme sujet de la phrase, donc comme pronom « je », il s'écrit avec une minuscule. Du reste Freud n'a pas établi de distinction entre « moi » et « je ». En écrivant Ich et Es avec des majuscules et en leur attribuant habituellement l'article défini, Freud a substantivé ces deux pronoms personnels pour donner des noms à des concepts spécifiques. L'absence d'article confère simplement une certaine élégance au style mais ne modifie pas le sens [lxx]
Cf. Duden, Die Grammatik, Bibliographisches Institut Mannheim/Wien/Zürich, Dudenverlag, p. 169. Si l'on veut pousser l'analyse plus loin, on peut aussi faire l'hypothèse que Freud considère ici le moi et le ça comme des matières dont la quantité reste indéfinie, comme s'il disait : là ou était du beurre doit advenir de l'huile ou, pour nous rapprocher du texte : là où était de la mer doit advenir du polder.
Là où était du ça, doit advenir du moi.
Wo Es war, soll Ich werden. Lacan cite la phrase de Freud régulièrement en allemand, correctement en 1955 [lxxi]
Lacan, Jacques ; La chose freudienne (1955), in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 416
Lacan, Jacques ; L'instance de la lettre dans l'inconscient, in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 524
Nous ne pouvons pas savoir quelle écriture il aurait adoptée dans ses séminaires puisque ce n'est pas lui qui les a publiés.
Roudinesco, Elisabeth et Plon, Michel ; Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, 1997, p. 491 et p. 690
Israël, Lucien ; Pulsions de mort, Séminaire 1977-1978, Arcanes, 1998, p. 203 ; Israël, Lucien ; Boîter n'est pas pécher, Denoël, 1989, p. 58
(article « ça » rédigé par Catherine Desprats-Péquignot), Larousse, 1993, p. 37
Le fait de tirer un texte vers une idéologie, d'y plaquer des concepts personnels, constitue une transgression grave de l‘éthique du traducteur. En principe on peut penser que le traducteur professionnel n'a guère la tendance à transformer les textes parce que le contenu ne l'intéresse pas personnellement ; il n'a pas de concepts à faire passer. C'est peut-être moins évident lorsque des psychanalystes traduisent des textes psychanalytiques.
Le respect de la pensée de l'auteur est la contrainte majeure que le traducteur accepte. Il se soumet en outre aux lois du langage : grammaire, syntaxe, lexique, et cela doublement. Les lois de la langue d'origine constituent les limites à l'intérieur desquelles le traducteur lit et comprend le texte d'origine ; les lois de la langue cible posent le cadre à l'intérieur duquel le traducteur restitue le texte dans la langue cible. Le traducteur professionnel n'invente pas ses propres lois.
Enfin le traducteur professionnel s'inscrit aussi dans une temporalité, car son travail doit être achevé dans un délai fixé par contrat. Il ne travaille pas pour sa propre satisfaction mais pour un client qui le paie. Cela exclut les prolongations et les révisions sans fin. Puis quand il a remis son travail au client, ce travail est perdu pour lui, il ne lui appartient plus et, avec la version qu'il livre, il renonce à toutes les autres versions possibles qu'il a également envisagées ou qu'il envisagera peut-être encore plus tard ; il ne peut plus revenir en arrière. Son travail l'oblige à prendre des décisions, à faire des choix et chaque décision implique une perte. Autrement dit, à chaque étape de son travail, le traducteur professionnel est confronté à sa castration.
Margarete Kanitzer
Psychanalyste
Traductrice diplômée de l'Ecole de Germersheim
(Université de Mayence)
L'article qui suit est paru pour la première fois dans Analuein, Le Journal de la F.E.D.E.P.S.Y. , n° 2, avril 2002, Strasbourg, et est reproduit ici avec l'aimable autorisation de Jean-Richard Freymann, Président de la F.E.D.E.P.S.Y.
Freud ironise sur les difficultés que Jones dit rencontrer en matière de traduction ; lettre de Freud à Jones du 07.03.1926, publiée dans : The Complete Correspondance of Sigmund Freud and Ernest Jones, The Belknap Press of Harvard University Press, 1993
Nida, E.A. ; cité par Werner Koller, in : Einführung in die Übersetzungswissenschaft, 5. Auflage, Quelle & Meyer, 1997, p. 92, traduction personnelle
Il s'en explique implicitement dans son texte de 1919 intitulé « Wege der psychoanalytischen Therapie » par la « juste comparaison du travail psychanalytique du médecin avec le travail du chimiste » ; Studienausgabe, Ergänzungsband, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 241-243
Roudinesco, Elisabeth et Plon, Michel ; Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, 1997, p. 1065
N° 8, 1982
Bolzinger, André ; Emmy ou les traductions infidèles, in : L'évolution psychiatrique, 1982, 4, p. 1047-1064. Il explique : « A l'occasion d'un séminaire de lecture consacré aux Etudes sur l'hystérie, j'ai eu l'occasion de comparer systématiquement la version allemande et la version française. Il m'a paru intéressant de rapporter ici un échantillon de cette confrontation entre le texte de Freud, la traduction d'A. Berman et la révision que je propose. ( … ) Il s'agit d'un extrait des observations de Freud à propos d'Emmy von N. … »
C'est moi qui souligne.
C'est moi qui souligne.
Citée par Bolzinger
C'est moi qui souligne.
Payot, 1980, d'après Moscovici
C'est moi qui souligne.
C'est moi qui souligne.
Freud, Sigmund ; Psychologie des foules et analyse du moi, traduit par : P. Cotet, A. + O. Bourguignon, J. Altounian et A. Rauzy, in : Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 196
C'est moi qui souligne.
Chez Moscovici il y a confusion avec la forme pronominale du même verbe, sich erübrigen, qui signifie effectivement « être superflu ».
Es erübrigt zu tun = il reste à faire : Weis/Matutat, Bordas/Klett, 1968 ; übrig sein : es erübrigt noch eine Frage : Pinloche, A. ; Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache, 2ième édition, Larousse, 1930 ; Osman, Nabil ; Kleines Lexikon untergegangener Wörter, Beck, 1994 (Article „übrigen“)
C'est moi qui souligne.
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, p. 147
C'et moi qui souligne.
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 90
Östereichisches Wörterbuch, 38. Auflage, öbv & hpt, 2000
comprenant un glossaire de la terminologie choisie
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 22
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 22
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 11
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 49
Cité par André Bolzinger in : La réception de Freud en France, L'Harmattan, 1999, p. 99
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 25
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 45
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Nida, E.A. ; cité par Werner Koller, in : Einführung in die Übersetzungswissenschaft, 5. Auflage, Quelle & Meyer, 1997, p. 92 ; traduction personnelle ; c'est moi qui souligne.
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 61
Wahrig, Deutsches Wörterbuch, Bertelsmann Lexikon Verlag, 1994, p. 1424, traduction personnelle
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 97
Parfois la littéralité donne aussi des résultats qui prêtent à sourire et l'on peut parier que l'équipe des PUF, habituée à utiliser des tournures bizarres, ne le remarque même plus. Ainsi on trouve dans les « Nouvelles conférences » cette phrase : « Nous disons alors au patient que nous déduisons de son comportement qu'il est actuellement dans la résistance … ». Nous ne sommes qu'en 1932 mais il n'est jamais trop tôt pour bien faire. Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, p. 151. Même si « résistance » est écrite avec une minuscule, la phrase reste curieuse.
Freud, Sigmund ; Psychologie des masses et analyse du moi, Oeuvres complètes, tome XVI, PUF, 1991, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, p. 24
Freud, Sigmund ; Massenpsychologie und Ich-Analyse (1921), Studienausgabe, tome IX, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 80
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 60
Freud, Sigmund ; Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten (1905), Studienausgabe, tome IV, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 118-119
Freud, Sigmund ; Der Dichter und das Phantasieren (1908), Studienausgabe, tome X, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 172
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 14
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 37
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 41
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 40 ; Notons qu'il est bel et bien question de l'allemand de Freud et non de l'allemand tout court.
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 31
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 23
Bourguignon, Cotet, Laplanche, Robert ; Traduire Freud, Presses Universitaires de France, 1989, p. 31
« En effet, dès qu'on intensifie son attention délibérément jusqu'à un certain degré, on commence à sélectionner parmi le matériel présenté ; on en fixe une partie particulièrement, en élimine une autre et, en sélectionnant ainsi, on suit ses attentes ou ses tendances. Mais c'est justement ce qu'il ne faut pas faire ; quand on suit ses attentes, on risque de ne jamais trouver autre chose que ce que l'on sait déjà ( … ) » ; Freud, Sigmund ; Ratschläge für den Arzt bei der psychoanalytischen Behandlung (1912), Studienausgabe, Ergänzungsband, Fischer Taschenbuch Verlag, 1982, p. 171-172
François Roustang n'est pas de cet avis : « Sous maints aspects le style de Freud est celui de l'analysant, lorsqu'une formule dite (écrite) provoque aussitôt un retournement, ou lorsque la répétition d'une phrase apparue en début de séance (de paragraphe) en marque automatiquement la fin. N'écrivait-il pas à Fliess, probablement à propos de la Traumdeutung qu'il est en train de rédiger : « Mon travail m'a été entièrement dicté par l'inconscient suivant la célèbre phrase d'Itzig, le cavalier du dimanche « Où vas-tu donc, Itzig ?- Moi, je n'en sais rien ; interroge mon cheval. » A nul début de paragraphe je ne savais où j'atterrirais. Ce n'est évidemment pas écrit pour le lecteur ; j'ai abandonné le souci de faire du style après les deux premières pages. » (Lettre du 07.07.1898) ; François Roustang, Du chapitre VII, in : Ecrire la psychanalyse, Nouvelle revue de psychanalyse, 16, 1977, Gallimard, p. 92. Roustang ne veut manifestement pas savoir que Freud ne parle pas de la version définitive, publiée, mais d'un manuscrit adressé à Fliess. Pourtant la phrase « Ce n'est évidemment pas écrit pour le lecteur » l'indique, l'une des phrases suivantes aussi : « Je n'ai pas encore la moindre idée de la forme que le contenu prendra finalement. » Ou encore cette phrase de la lettre précédente (20.06.98) : « Il en va bizarrement de la psychologie, elle est presque finie, a été composée comme dans un rêve, et elle n'est certainement pas adaptée à la publication sous cette forme, et comme le style le montre, elle n'est pas prévue pour cela non plus. »
Cf. sa lettre à Jones citée plus haut
Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982
Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982, p. 6
Freud, Sigmund ; Die Verneinung (la dénégation), traduit par Pierre Thèves et Bernard This, in : Le Coq-Héron, n° 8, 1982, p. 20
Wahrig, Deutsches Wörterbuch, Bertelsmann Lexikon Verlag, 1994 ; Etymologisches Wörterbuch des Deutschen, DTV, 2000
Freud, Sigmund ; Die Zerlegung der psychischen Persönlichkeit, 31. Vorlesung (1933), Studienausgabe, tome I, Fischer Taschenbuch Verlag, p. 516
Traduction citée par Lucien Israël in : Boîter n'est pas pécher, Denoël, 1989, p. 58
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 110
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième Leçon, trad. Altounian, Bourguignon, Cotet, Rauzy, Zeitlin, Nouvelle suite des leçon d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, tome XIX, PUF, 1995, p. 163
Freud, Sigmund ; La décomposition de la personnalité psychique, XXXIième conférence, in : Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, trad. Rose-Marie Zeitlin, p. 110
Lacan, Jacques ; La chose freudienne (1955), in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 417
Lacan, Jacques ; Le désir et son interprétation, Séminaire 1958/59, Publication hors commerce, Document interne à l'Association freudienne internationale et destiné à ses membres, p. 417
Lacan, Jacques ; Le désir et son interprétation, Séminaire 1958/59, Publication hors commerce, Document interne à l'Association freudienne internationale et destiné à ses membres, p. 417
Cf. Duden, Die Grammatik, Bibliographisches Institut Mannheim/Wien/Zürich, Dudenverlag, p. 169. Si l'on veut pousser l'analyse plus loin, on peut aussi faire l'hypothèse que Freud considère ici le moi et le ça comme des matières dont la quantité reste indéfinie, comme s'il disait : là ou était du beurre doit advenir de l'huile ou, pour nous rapprocher du texte : là où était de la mer doit advenir du polder.
Lacan, Jacques ; La chose freudienne (1955), in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 416
Lacan, Jacques ; L'instance de la lettre dans l'inconscient, in : Ecrits, Seuil, 1966, p. 524
Nous ne pouvons pas savoir quelle écriture il aurait adoptée dans ses séminaires puisque ce n'est pas lui qui les a publiés.
Roudinesco, Elisabeth et Plon, Michel ; Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, 1997, p. 491 et p. 690
Israël, Lucien ; Pulsions de mort, Séminaire 1977-1978, Arcanes, 1998, p. 203 ; Israël, Lucien ; Boîter n'est pas pécher, Denoël, 1989, p. 58
(article « ça » rédigé par Catherine Desprats-Péquignot), Larousse, 1993, p. 37
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